« Les danseurs de Taïgué »

mercredi 18 avril 2012

Les « danseurs de Taïgué », c’est ainsi que les appellent dorénavant les villageois tchadiens lorsqu’ils voient les jeunes personnes des camps de Moula et Yaroungou. Cette appellation, pour Lydia Gebrekristos, administratrice de terrain / protection de la base de l’UNHCR à Maro, signifie beaucoup et révèle la force des changements apportés par « Refugees On the Move ».

 

La jeune femme, que Jean-Michel Champault, Délégué Général d’AAD, a rencontré lors de sa récente visite dans les camps de Moula et Yaroungou soutient avec force l’initiative d’AfricanArtists for Developmentet de Taïgué Ahmed. La pratique de la danse, aux yeux de cette responsable, œuvre un peu comme une « thérapie » pour les réfugiés, et c’est une démarche que de nombreux camps du Tchad seraient heureux, d’après elle, de pouvoir reproduire.

 

Le cœur du changement repose dans la confiance que regagnent les réfugiés : « Ce sont des personnes qui peuvent avoir le sentiment d’être parfois oubliées, laissées de côté. Tout à coup, elles ont la chance d’avoir ces ateliers, qui ne sont pas seulement récréatifs mais les amènent à penser à leur avenir, leur fait envisager un métier ». En devenant « danseurs », ils peuvent imaginer se produire à l’extérieur du camp, partir vers un « ailleurs ».

 

Convaincue de l’importance d’ancrer cette activité dans les camps, la jeune femme réfléchit à la volonté exprimée par les réfugiés de construire un espace scénique dans le village voisin, où les populations hôtes et réfugiées pourraient à la fois s’entraîner et donner des représentations. Hébergeant ateliers et festivités, un tel lieu inscrirait ces changements dans une réelle durabilité.

 

L’autre point fort souligné par Lydia concerne l’écoute des participants : « A travers vos messages, les jeunes vous écoutent mieux que nous ». Pourtant, des thèmes comme les violences sexuelles, les mariages précoces ou le SIDA ne sont pas des sujets évidents à traiter en public. La relation que parvient peu à peu à instaurer Taïgué, jeunes hommes d’un côté et jeunes femmes de l’autre, est le garant de cette précieuse attention qui font la qualité des discussions de sensibilisation accompagnant les ateliers. C’est très exactement pour rendre possible de telles relations entre les différents acteurs et intervenants des projets qu’AAD investit autant d’énergie et de moyens dans l’élaboration et le déroulement de ceux-ci.